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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 10:40
Le renouvellement de José-Manuel Barroso à son poste de président de la Commission paraît acquis à écouter les répandeurs de nouvelles, qui sont à l'information ce que sont au pain, les diffuseurs d'odeurs près des boulangeries... un simple parfum artificiel. Mais quand vous demandez à votre interlocuteur sur quelle base il affirme cela, il vous regarde d'un air étonné. "Mais tout le monde le soutient..." Prétendre donc que Barroso va être renouvelé à son mandat de la Commission pour 5 ans, dès le mois de juin, c'est faire l'impasse sur trois "petits" éléments d'ordres juridique, politique et, surtout, démocratique.

1° La réalité juridique. Selon le Traité, le président de la Commission européenne est certes nommé par les Etats membres. Mais il doit surtout être adoubé par le nouveau Parlement européen, dont la première réunion constitutive a lieu en juillet. Et nul ne sait quelle majorité sortira des urnes en juin, ni quelle alliance se formera au Parlement ensuite. D'autant que le nombre de députés sera diminué par rapport à celui existant aujourd'hui (on passe de 785 à 736 députés).

Le réalisme politique. S'il est vrai que certains chefs de gouvernement ont affirmé vouloir soutenir JM Barroso. Nombre d'entre eux ont aussitôt ajouté "pour le moment" ou "je ne vois pas d'autre candidat". Faute de mieux en quelque sorte... Ce qui revient à dire, j'ai un candidat mais je ne montre pas ma carte, tant que les autres ne l'ont pas adoubé. Dans deux grands pays (Allemagne, France), au moins, le sort de Barroso n'est pas assuré (d'autant qu'il y a des élections en Allemagne).

3° Le fait démocratique. Les élections de juin sont une telle addition de facteurs (nationaux, nombre de partis se présentant, européens, conjoncturels), qu'il est très délicat aujourd'hui d'être péremptoire. Plusieurs tendances peuvent être mises en lumière et jouer lors de l'élection :
A) la remontée possible des socio-démocrates PSE - ou, au moins, une "chute" moindre que prévue - pour deux raisons. D'une part, le contexte économique : la crise financière a incontestablement apporté de l'eau au moulin des partis socio-démocrates. D'autre part, le contexte politique : dans plusieurs grands pays (sauf au Royaume-Uni et en Espagne), ils ne sont pas au gouvernement (ou du moins n'en ont pas le leadership comme en Allemagne ou aux Pays-Bas) et pourraient profiter de "l'effet d'opposition".
B) Le bon score possible d'un parti de gauche ex-communiste (crise financière aidant), pourrait aussi un effet qui renforce le coté gauche de l'assemblée (compense l'écrasement du PSE);
C) Les Verts (crise énergétique aidant) devraient aussi faire un score honorable.
D) En revanche, pour le groupe libéral-démocrate au centre, rien n'est sûr. Pourra-t-il conserver son rôle charnière. Ou devra-t-il composer avec un nouveau PPE, ou avec les Verts.
E) L'apparition d'un (ou deux) groupe(s) d'extrême droite et/ou souverainiste-populiste - avec des éléments qui seraient tentés de faire chambre à part du PPE, pourrait l'affaiblir.

Au final, il n'est pas dit du tout que le Parti populaire européen (PPE-DE) - les Chrétiens-démocrates - conserve la nette avance qu'il a aujourd'hui au Parlement européen (sauf recomposition avec le centre libéral). S'il se retrouve rogné sur sa droite et menacé par le centre gauche, il devra, au minimum, composer avec deux ou trois autres partis pour avoir une majorité : avec la droite populiste et avec les libéraux voire avec les Verts. Pour d'abord garder la présidence du Parlement - et des principales commissions. Ensuite pour imposer son candidat à la présidence de la Commission. Or s'il est un candidat qui aujourd'hui fait rugir autant les Libéraux, les Verts et les Socio-Démocrates, c'est Barroso. Demandez à Graham Watson, Dany Cohn-Bendit ou Martin Schulz, respectivement à la tête de ces partis aujourd'hui, ce qu'ils en pensent. Présenter le nom de Barroso est assurément pour le PPE un risque certain de ne pas avoir la majorité. D'autant qu'au sein du PPE, certains partis ou du moins certaines personnalités de ces pays - comme la CDU, l'UMP ou le CDA néerlandais - ne sont pas fanas du personnage... Un autre candidat plus présentable, suscitant moins la controverse pourrait donc passer.

A suivire : le bilan de Barroso

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Europe pouvoir - Traité de Lisbonne
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.