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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 08:03
Dimitri Rogozine est ambassadeur de la Russie à l’Otan. Diplomate mais homme politique avant tout, l'homme a des opinions tranchées. Ayant appartenu à la formation Rodina (patrie), jusqu’en 2006, il venait de créer un nouveau parti « Grande Russie » avant d'être nommé à l'Otan.

Aujourd'hui, les sujets de friction entre la Russie et l'Europe ne manquent pas: la défense anti-missiles (Rogozine propose d’abandonner le projet américain et de "bâtir un système commun russo-européen"), l’élargissement de l’Otan à la Géorgie (une tentative de "déstabilisation"), le Kosovo ("discussion au Conseil de sécurité et maintien de la Minuk au-delà de juin"), le Tchad ("pas de participation à la mission Eufor mais des avions pour la Minuad").

Les frictions semblent se multiplier entre la Russie et l'Europe, vous avez trouvé un nouvel ennemi ?
Je dirai plutôt que c'est comme les nouveaux couples. Chacun a eu sa vie séparée auparavant. S'ils veulent vivre ensemble, il faut du temps pour s'habituer. 

... un indice que l'Europe est une puissance qui compte ?
L’Europe commence seulement à penser à sa propre politique de défense européenne. Mais elle ne pourra progresser, avoir une politique sérieuse de défense qu’avec la Russie. Or, actuellement, elle a choisi de participer à l’Otan, où les Etats-Unis sont dominants. Et la politique militaire américaine est en opposition avec la politique militaire européenne.

Vous estimez que la Politique européenne de défense (PESD) doit s’émanciper ?
Bien sûr. Les menaces sur l’UE sont les mêmes que sur la Russie. Nous sommes situés sur le même continent. Notre intérêt commun est de défendre ce continent. L’intérêt des Etats-Unis est ailleurs, ils sont loin, comme une île. La politique de défense européenne doit donc se bâtir premièrement avec la Russie.

Sur quelles questions pensez-vous utiles de travailler avec les Européens ?
Sur certaines questions, nous pouvons travailler ensemble. 1° les standards des Droits de l'homme avec le Conseil Europe ; 2° la sécurité énergétique commune. Nous sommes la seule garantie de la sécurité énergétique de l’Union européenne. 3° les infrastructures de transport commun ; 4° les règles de sécurité extérieure de nos frontières, surtout la lutte contre l’immigration illégale. Ce sont les quatre piliers de notre coopération.

En fait, pour reprendre votre image, vous espérez que Dame Europe, un peu volage, le soir avec les "boys", revienne à la maison ?
C’est une bonne idée...

Passons au projet de bouclier antimissile en République tchèque et Pologne, pourquoi être contre ?
Tous les spécialistes balistiques rigolent quand ils voient ce que proposent les Américains. Si vraiment c’est l’Iran, la menace, ce n’est pas en République tchèque ou en Pologne qu’il faut installer ce système. Mais plutôt en Roumanie, Bulgarie, Turquie … Nous avons des doutes que ces radars ne soient pas dirigés vers l’Iran mais vers la Russie.

Que proposez-vous alors ?
Pourquoi ne pas travailler ensemble et neutraliser ces missiles dès le début ? Nous sommes proches des pays qui peuvent menacer l'Europe. Nous pouvons avoir une partie du système au sud de la Russie et en Azerbaïdjan...

... et une deuxième rangée sur territoire européen ?
Oui. Ce doit être un système uni, géré en commun, entre l’Otan, l’Europe et la Russie. Je l’appellerai le système antimissiles du théâtre militaire européen. Notre système n’est pas pire et même meilleur que celui des Etats-Unis. Et nous pouvons créer des technologies parfaites avec les Européens.

Si ce n'est pas cette solution qui est choisie, vous réagirez ?
Absolument. Si ces radars et missiles sont installés, nous devrons installer à notre tour un dispositif contre ces systèmes antimissiles. Nous n’aurions aucun problème pour tirer sur la République tchèque et Pologne, d’abord tirer et attaquer. Tout ce système américain est une provocation. C’est un projet idiot.

L’élargissement de l’Otan à la Géorgie et l'Ukraine, vous le percevez comme une menace également ?
Absolument. Nous sommes en Abkhazie et les Américains seront dans le reste de la Géorgie. Qu’est-ce que l’on veut ? Avoir des soldats russes juste face aux soldats américains. C’est vraiment une idée bête. Ce que les Américains veulent surtout, c’est déstabiliser l'Ukraine politiquement - l'opinion publique est contre cette adhésion - et déstabiliser également les relations entre l’Ukraine et la Russie. C'est « diviser pour régner »!

A lire: autres questions sur le Kosovo

(Entretien paru en partie dans Europolitique)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Asie centrale-Géorgie-Russie
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.