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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 20:38
Pourquoi Entebbe ? Regardez une carte, Kinshasa "c'est un peu loin" (1500 km), Kigali "c'est proche mais irréaliste" politiquement s'entend, Entebbe "on connaît bien" explique un militaire. Alors ce devrait être à partir de la capitale ougandaise que les Européens pourraient mettre en place un "pont aérien" pour acheminer l'aide humanitaire nécessaire aux milliers de personnes déplacées et souffrant du conflit dans le Nord Kivu.  (NB : Entebbe est distant de Goma de 400 kms environ, environ 50 mns en Transall).
C'est d'ailleurs ce que conseille le "cluster logistique" des Nations-Unies aux organisations humanitaires : volez via Entebbe plutôt que Kinshasa "qui connaît des difficultés". Britanniques et Français pourraient donc prêter leurs concours aux Belges - qui assurent déjà, avec un Hercules C130, à partir de Kinshasa (1) une navette - aux avions d'UsAid (photo), de la coopération britannique (Dfid) et des Nations-Unies (Unhas) (2). Aux moyens militaires, pourraient aussi s'ajouter (ou les remplacer) des moyens affrétés auprès de compagnies. Mais il y a un impératif aéroportuaire important. Tous les avions ne peuvent atterrir à Goma... La coopération britannique a ainsi dirigé son aide vers Entebbe pour la réacheminer ensuite par des petits avions vers Goma. La souplesse d'un Transall ou d'un Hercules qui peut atterrir un peu n'importe où paraît donc irremplaçable...

Goma aéroport dangereux. L'aéroport de Goma est en effet connu pour sa piste raccourcie - 1800 m au lieu des 3 200 mètres d'origine - à cause d'une coulée de lave en 2002. Ce qui empêche les avions de ligne ordinaire (type DC 9, Boeing 727 ou 737...) de se poser. Enfin théoriquement. Car certains avions s'y posent encore, parfois au péril de la vie des passagers. Témoin l'accident, le 15 avril 2008, du DC 9 de la compagnie Hewa Bora qui s'était écrasé en bout de piste sur des habitations - bilan une quarantaine de morts. Le 26 mai dernier, c'était autour d'un avion Antonov 12 d'une compagnie privée (Grand lac business cargo) de rater son atterrissage, pour aboutir dans les murs de lave - sans trop de dégâts (1 blessé). En septembre 2007, un Antonov 12 (Galaxy corporation) s'enflamme à l'atterrissage (bilan : 5 morts, l'équipage russo-congolais). En juin-juillet 2005, une série d'incidents similaires - sortie de pistes à l'atterrissage d'un Antonov 26 (Mango airlines) et d'un Antonov 12 (Service air) ... - avait marqué l'actualité. (NB : Toutes les compagnies congolaises sont sur la liste noire de l'UE. Mais pas seulement les compagnies. Tout le système aéronautique congolais semble en proie à l'impéritie et gangrenée par la corruption.) Autre difficulté à Goma: le ravitaillement en carburant sur place difficile oblige les avions à emporter leur carburant aller et retour (ce qui diminue d'autant la cargaison qui peut être emportée sur une longue distance, les Hercules belges doivent ainsi embarquer 10 tonnes au lieu des 20 tonnes possibles).

La discussion continue mardi. Les ambassadeurs du COPS - le comité de politique et de sécurité de l'UE - ont évoqué - assez rapidement ce sujet ce vendredi, plus longuement lors du déjeuner avec Louis Michel, le commissaire au développement. Ils doivent se réunir encore mardi, pour examiner de façon plus complète le sujet. La Commission européenne a en effet demandé aux Etats membres d'étudier non seulement les conditions du pont aérien mais aussi comment assurer la sécurisation des points de distribution humanitaire.

Sécurisation des points humanitaires en discussion. Plusieurs incidents ayant montré la nécessité de cet encadrement. L'UE pourrait ainsi se décider à engager des troupes au sol, autour de deux ou trois missions précises. Un corps franco-belgo-néerlandais-britannique assurerait incontestablement une certaine efficacité en même temps qu'une garantie de neutralité vis-à-vis du voisin rwandais dont les relations avec la France ne sont pas au mieux actuellement... Nb : les Européens semblent se ranger ainsi à l'avis des Français, Belges et Néerlandais qui avaient insisté sur une intervention de l'UE au dernier conseil des Ministres avec quelques jours de retard.

(1) La Belgique dispose de deux Hercules basés à l'aéroport militaire de Kinshasa dans le cadre du Programme de partenariat militaire belgo-congolais

(2) La coopération britannique (DFID) envoie 90 tonnes de matériel vers Goma. Deux avions ont atterri à Goma le 9 novembre, avec 15 tonnes de matériel provenant de l'Unicef et des ONGs (24 000 containers d'eau, 8700 couvertures et 11 000 bâches plastiques). Un avion d'UsAid - l'agence gouvernementale d'aide au développement - a atterri le 13 novembre (avec à son bord 1000 couvertes, 5000 bidons d'eau et 5000 kits de cuisine) - 4 autres devraient suivre. L'avion du service humanitaire aérien des Nations-Unies qui devait arriver le 14 novembre a été reporté "sine die" (raisons administratives et opérationnelles invoquées).

(photo : UsAid)

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Afrique - Congo
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logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.