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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 19:23

(Humeur du samedi) La Haute représentante et le Parlement européen ont engagé un dernier bras de fer pour aboutir à un accord sur le service diplomatique. Je ne reviendrai pas sur ce point. Mais je suis assez étonné - pour ne pas dire plus... - de l'attitude du Parlement européen. Celui-ci entend exercer un plein contrôle budgétaire, voire politique, sur la politique étrangère et de sécurité commune. C'est une revendication sans doute légitime, même si on peut discuter sa justification juridique (lire : Le Parlement européen met le pied dans la porte du Service diplomatique).

Mais le Parlement européen n'accompagne cette demande d'aucun geste, d'aucune structure propre à étayer cette volonté de contrôle. La discrétion, voire l'imprépération reste de mise. Le Parlement demande ainsi de pouvoir auditionner les chefs de délégation (demande refusée par Cathy Ashton) mais n'indique comment il va pouvoir prendre en charge ce travail d'audition des quelque 30 à 40 postes qui sont mis en renouvellement chaque année.

Idem en matière de service d'études. Le Parlement européen n'a pas vraiment étoffé son service en conséquence par rapport aux enjeux à venir en matière de politique étrangère et de sécurité. Ce serait peut-être un "job" pour l'Institut d'études de la sécurité de l'UE qui tourne un peu à vide en ce moment.

Quant à l'Europe de la défense et la sécurité ...

Le Parlement prône l'Europe de la Défense
mais ne la prend pas au sérieux !

L'assemblée parlementaire de l'UEO et alors ...

Voilà plusieurs mois que la décision d'enterrer l'assemblée parlementaire de l'UEO a été prise (lire : La fin de l'UEO (et de son assemblée) programmée ? (suite). Et je n'ai entendu aucune proposition officielle venir étayer ce que propose le Parlement européen pour exercer le contrôle démocratique sur la politique de sécurité. Même pas pour remplacer, a minima, ce que faisait, bien, l'assemblée parlementaire défunte — des rapports et des missions — ainsi que les modalités d'association des parlements nationaux. Quand je parle de proposition, ce n'est pas d'idées dont on manque, c'est d'une proposition mise sur la table de négociation du service diplomatique ou du Bureau du Parlement.

Une sous-commission défense où l'absence a la prime...

La Défense reste au Parlement une sous-commission dont les pouvoirs sont très limités. Le moindre rapport est soumis à d'obscures tractations avec sa commission de tutelle, les Affaires étrangères. Conséquence, les grands sujets de la défense européenne (Airbus A400M, l'engagement en Afganistan, le coût de la crise sur nos engagements, les nouveautés issues du Traité de Lisbonne...) restent toujours étrangement absents de la ligne de mire parlementaire. Tandis que d'autres, "plus sexys", sont "capturés" par la commission-mère. Un procédé qui m'a été confirmé de plusieurs sources.

Les réunions de la sous-commission défense continuent de se dérouler, bien souvent avec une présence sur les bancs des députés limités au strict minimum (un ou deux par parti). Seuls les plus sérieux et les plus rigoureux s'astreignent à une présence régulière (1). Pour les autres, leur présence est éliptique. Ce qui n'est pas tout à fait illogique. L'appartenance à la sous-commission n'est que facultative et ne dédouane pas de l'obligation de présence dans deux autres commissions (une en tant que titulaire, l'autre en tant que suppléant) ; pas étonnant donc qu'elle n'ait guère la priorité.

Avec le Traité de Lisbonne, la nécessité d'une commission Défense pleine et entière se fait jour

Si le Parlement européen est un tant soit peu sérieux dans ses revendications en matière de Politique étrangère et de sécurité, il devrait se doter d'une réelle capacité de contrôle avec une commission pleine et entière dédiée à la PeSDC, qui permettrait aux députés de s'engager à plein temps. Ce n'est pas une revendication corporatiste comme le soutiennent certains députés grognons. C'est une nécessité politique mais également pratique

 L'Europe de la défense, quoi qu'en pensent certains cassandres, se développe. La multiplication des missions déployées (une quinzaine aujourd'hui déployée dans le monde), des sujets en discussion (opérationnels, industriels, capacitaires, politiques...) implique des députés engagés à plein temps dans la commission. Les nouveautés mises en place par le Traité de Lisbonne (coopérations renforcées et coopération structurée permanente, fonds d'avance, groupe d'avant-garde...) sont autant d'innovations qui peuvent mériter un encadrement.

Et la défense est un secteur à part qui nécessite souvent, à la fois une certaine confidentialité et une certaine technicité, sans compter une habilitation secret défense (ou au moins une certaine confidentialité). La plupart des assemblées parlementaires dans les Etats membres ont d'ailleurs adopté le principe d'un dédoublement de leurs commissions "Affaires étrangères" et "Défense".

Une décision du ressort uniquement du Parlement

Pour renforcer ce contrôle parlementaire... il n'y a besoin d'aucune modification du Traité ni de proposition législative de la Commission ou d'autorisation des Etats membres, voire de négociation interinstitutionnelle. Une simple décision du Bureau du Parlement européen, la modification de son règlement intérieur peuvent suffire.

Messieurs les parlementaires, à vous de jouer !


(1) Citons quelques uns de ces bons élèves : Arnaud Danjean (PPE), Ana Gomez et Ioan Mircea Pascu (S&D), Franziska Brantner et Bütikofer (Verts)...

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 21:11

DrapeauTurquie.png(humeur) Le nucléaire iranien fait tourner la tête au monde occidental, les Israéliens se frittent avec les Palestiniens, la Somalie s’enfonce dans le chaos, la Bosnie est ingouvernable... vous avez une fuite d’eau… N’hésitez plus. Un seul numéro est utile aujourd’hui, à garder près du téléphone. Celui du gouvernement turc, à Ankara. En 1970, Kissinger demandait "L'Europe, quel numéro de téléphone". 40 ans plus tard, l’Europe croyait avoir répondu à la question avec le Traité de Lisbonne. Mais celui-ci affiche - en matière de politique étrangère - une lisibilité proche de celle d’un tunnel de montagne par temps de brouillard l’hiver. Le temps que les Européens fassent le ménage et tentent d’y voir clairement, la Turquie a donc pris la place, laissée libre. Et affiche ses ambitions dignes de l'ancien empire ottoman (même si elle n'en a plus les moyens) ou byzantin (1), au point qu’elle a remplacé l’Union européenne sur la scène internationale, sur nombre de sujets où on attendrait... l'Union européenne

(1) Dont la capitale était Constantinople, aujourd'hui Istanbul.

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 17:03

MvRachelCorrie-FreeGaza.jpg(Analyse) Une interception "musclée" du MV Rachel Corrie, ce navire irlandais qui file vers les côtes palestiniennes et israéliennes pour briser le blocus qui entoure la bande de Gaza (avec à son bord un prix Nobel de la paix, Maired Corrigan-Maguire), pourrait entraîner, à mon sens, la mise en oeuvre de la clause de solidarité du Traité de Lisbonne. « En cas d'agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir », précise l'article 42.

Un test de la clause de solidarité qui repose sur une demande de l'Irlande

Cette clause vise surtout les Etats non membres de l'OTAN... comme l'Irlande. Si la menace concerne les Etats membres de l'OTAN et de l'UE, c'est, en effet, le traité de l'Alliance Atlantique et son article 5 qui s'applique en priorité, le Traité a bien pris soin de le rappeler, à plusieurs reprises. Ce qui fait tout l'intérêt à mon sens, de l'affaire actuelle qui se déroule au large de Gaza et mérite une attention soutenue, en termes de précédents politique et juridique. L'Union européenne est ainsi en première ligne.

Certes tous les éléments ne sont pas réunis pour son application, à commencer par une demande du gouvernement irlandais et on peut aussi discuter la notion de "territoire" pour un navire (1). « Aucune demande en ce sens n'a été faite auprès des Etats membres » m'a-t-on affirmé du coté du cabinet de Catherine Ashton...

Le gouvernement irlandais reste, en effet, assez prudent, réclamant le passage de l'aide humanitaire vers Gaza et la sécurité de ses concitoyens, et refusant de négocier aux lieux et place de l'ONG : "The persons on the Rachel Corrie represent independent NGOs. The department respects this and it is not our role to negotiate on their behalf" explique ainsi la dernière déclaration du ministère des affaires étrangères, publiée dans la presse irlandaise ce matin. "The Government continues to call for safe passage for the  Rachel Corrie to Gaza. The Government’s top priority is the safety and welfare of the Irish citizens concerned and all those aboard the vessel; to avoid any further bloodshed or violence; and to see the safe delivery of humanitarian aid to the people of Gaza."

Quels paradoxes de l'histoire ...

Quand les 27 ont rédigé cette clause (dans le Traité constitutionnel tout d'abord puis dans le Traité de Lisbonne ensuite), ils n'avaient sans doute pas dans l'esprit qu'elle pourrait être mise en oeuvre très vite et que la menace pourrait provenir d'un pays "ami", comme Israël !

Et quand l'Irlande, soumise à une pression référendaire de ces citoyens (rejet du Traité de Lisbonne lors du premier passage) méfiants par rapport à une "militarisation" de l'Europe, avait insisté, en 2009, pour encadrer solidement cette clause dans un protocole additionnel au Traité (2), elle ne pensait pas qu'elle pourrait être un des premiers bénéficiaires de cette clause. Ce protocole enlève d'ailleurs tout caractère automatique à l'application de la clause en précisant que : "Il appartiendra aux États membres de déterminer la nature de l'aide ou de l'assistance à fournir à un État membre qui est l'objet d'une attaque terroriste ou est l'objet d'une agression armée sur son territoire."

Mais on ne peut que constater que, six mois à peine après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, cette clause de solidarité assez anodine en apparence, pourrait entrer en application, au moins de façon dissuasive. Encore faut-il que les Etats membres de l'UE en aient la volonté...

(1) A supposer qu'on considère qu'un navire battant son pavillon constitue un élément de son territoire susceptible de justifier une intervention internationale. Ce qui, à mon sens, peut se justifier. Car le droit de la mer prévoit l'application de la loi de l'Etat du pavillon en haute mer. Mais je laisse d'autres plus compétents que moi en discuter.

(2) Lire : Le protocole "irlandais" sur la Défense: un simple couper-coller... Vraiment ?

(crédit photo : Free Gaza)

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 08:45

PolicePlKosovo-Eulex08.jpg"We shall take concrete steps, as appropriate, to implement all provisions and articles of the Lisbon Treaty relevant to CSDP" cette phrase qui figurait dans la déclaration ministérielle adoptée en novembre 2009, lors de l'anniversaire des 10 ans de la PESD, la Belgique, la Hongrie et la Pologne entendent la faire devenir réalité.

Ces trois pays se sont mis d'accord sur un "Non-paper" (papier non officiel fixant une position politique) pour mettre en place les nouveaux instruments de la PeSDC du Traité de Lisbonne. Document que j'ai pu longuement consulter en exclusivité.

Cette configuration à trois est originale sur la défense. Mais elle ne tient pas au hasard. Ces trois pays vont occuper, à tour de rôle la présidence de l'UE : Belges au 2e semestre 2010, Hongrois ensuite au 1er semestre 2011, Polonais au 2e semestre 2011. La France n'a pas été signataire de ce document. Mais elle a été associée aux discussions ou, au moins, tenue étroitement au courant de sa réalisation... 

Une explication de texte, politique

Ce document n'est pas une feuille de route, un programme de travail opérationnel. Il consiste davantage en une analyse commune des nouvelles dispositions PeSDC du Traité de Lisbonne. Une sorte d'explication de texte, politique, très utile, vu le coté lapidaire de certaines dispositions et sur lesquels les 27 sont pour le moins divisés.

Le trio ne se cache pas les difficultés. La compréhension commune de ces instruments reste encore au « stade très précoce » écrivent-ils. Pour parvenir à une telle compréhension, une « quantité considérable de travail est nécessaire ». Ce travail doit commencer « dès maintenant ».

Et les trois pays affichent une ambition, mesurée, raisonnable (réalisable). Ce travail doit être mené dans « l'esprit d'utiliser ces instruments de la meilleure façon possible » pour faire progresser la solidarité entre les États membres, promouvoir la PSDC et l'intégration européenne continuelle, et le rôle de l'UE en tant qu'acteur mondial. Ils détaillent ainsi cinq des dispositions principales de l'Europe de la défense dans l'avenir.

1. La coopération structurée permanente (CSP).

« Nous y voyons une vraie plus-value ». Cette coopération doit conduire à des avantages opérationnels, des dépenses de défense plus efficaces, l'élimination des duplications actuelles et des lacunes. Elle doit être vue comme le moyen de générer une "volonté politique" entre les Etats membres comme un "incitant pour renforcer l'efficacité de leur effort de défense". Tout reste à faire, cependant. Et le trio en est conscient. Les modalités qui gouverneront la CSP comme les méthodes d'évaluation restent à fixer. Mais, dans tous les cas, l'approche doit être "ouverte et inclusive" (c'est-à-dire pouvoir inclure tous les pays).

2. La clause d'aide et assistance mutuelle (article 42 du Traité UE).

Cette clause est une clause moderne, reflétant que les menaces doivent être résolues d'une manière globale. Pour les alliés de l'OTAN, le traité est très clair ; l'OTAN est le "forum pour la mise en oeuvre" de cette clause. Mais dans « un contexte d'interdépendance croissante, cette clause a une importance clé. Elle doit faciliter la coopération entre les États membres désireux de mettre en commun, le partage et la spécialisation des capacités. »

3. La clause de solidarité (article 222 du Traité  FUE).

Même si elle ne figure pas dans le chapitre PeSDC, cette clause est "clairement liée" à la PeSDC, souligne le papier. « En d'autres termes, il ouvre la possibilité d'utiliser les instruments de la PeSDC à l'intérieur des frontières de l'UE », réflétant ainsi la réalité d'un « continuum entre la sécurité interne et externe ». Ainsi, même si le contexte juridique est différent, on peut raisonnablement s'attendre à que les capacités, les procédures, les accords sur les structures de commandement et de contrôle (C2) soient discutées dans le cadre du débat sur l'intervention humanitaire ou de secours de catastrophes de l'UE.

4. Le fonds de lancement - start-up (article 41 Traité UE).

Le texte pointe les différences de vues qui existent sur la nature et l'objectif de ce fonds. Pour certains, il est en lien avec le mécanisme Athena, pour d'autres non. Pour certains, il est purement militaire par nature, pour d'autres il pourrait impliquer le financement des efforts militaires et civils. « Nos réflexions sur cette clause devraient prendre en compte les leçons des récentes missions et opérations et le potentiel d'une valeur ajoutée de la phase d'évaluation précoce, en se basant sur l'exemple récent d'EUCO Haïti ».

5. Groupe d'avant-garde (article 42§5 et 44 Traité UE).

Cet article « nous ouvre la possibilité de confier l'exécution de certaines tâches à un groupe d'Etats membres. » Ce qui suscite certaines questions pour le Trio. Ces tâches se réfèrent-elles aussi bien à des opérations ou des capacités ? Que veut dire le "management" d'une mission ? Quelles sont les conséquences financières, le cas échéant ? Cette clause codifie-t-elle des pratiques existantes ou vise-t-elle un objectif pour renforcer la réponse rapide, y compris les cas d'extrême urgence ? « Cet article est applicable immédiatement mais il n'y a pas d'entente commune sur ce que cela peut signifier en pratique. L'Union a besoin d'éviter d'être dans une situation où cette clause pourrait être utilisée sans avoir atteint un niveau commun d'entente ».

(crédit photo : policiers polonais au Kosovo - Eulex)

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 19:36

bateauMigrantsGolfeAden4-Se1006.jpgMême si le général Leakey - qui quitte ces jours-ci l'Etat-Major de l'UE - semble sceptique sur un QG permanent, tous les participants du triangle de Weimar l'ont dit et redit à Genshagen. Les structures actuelles de planification ne suffisent plus, il faut un "centre opérationnel de commandement" ou de conduite des opérations civiles et militaires, "permanent" et "à Bruxelles". Tous les mots sont importants et pesés. Que ce soit le militaire engagé sur une opération, les représentants des différents ministères de défense ou des affaires étrangères, français, allemand, polonais, il y a là une longueur d'onde commune. Maintenant la question est comment convaincre les 27... et surtout 1 seul (le Royaume-Uni pour ne pas le citer). On voit cependant qu'il n'est pas mention d'un QG en tant que tel mais plutôt de structures, mot plus facile à faire passer...


Commentaire : commencer par un centre de gestion de crises inter-unités

A mon sens, il y a une étape préalable à cela. Il serait utile de regrouper, sur un même site les trois centres de crise qui existent déjà à Bruxelles. ECHO, pour l'aide humanitaire, MIC pour la protection civile, SITCEN, pour la protection consulaire, CPCC, Etat-Major militaire.

Bien sûr, me rétorquera-t-on, de façon fortement argumentée, les objectifs sont forts différents et les modalités d'action fort différentes. Et, puis, les connexions sont déjà régulières. Etc... Ces arguments sont aujourd'hui inintelligibles alors que l'intention politique, transcrite dans le Traité de Lisbonne, est de rassembler tous les instruments de politique étrangère de l'Union dans une seule main et d'avoir une approche de plus en plus "globale".

D'une part, rien ne remplace le croisement au quotidien, à la cafet, dans les couloirs, la possibilité pratique d'aller frapper à la porte de l'un ou de l'autre (voir OHQ Northwood), discuter de façon très informelle, sans règle hiérarchique. En cas de crise, il faut aller très vite et la fait de pouvoir - à tous les échelons - se croiser, s'échanger, au préalable, accélère la prise de décision. Avoir tout le monde sur un même site n'empêche pas chacun d'avoir sa propre logique de conduite de crises, ses propres interlocuteurs.

D'autre part, sur le plan des principes, l'Europe qui défend l'approche globale devrait mettre cette approche en pratique dans les moments ultimes de crises. En ces temps de restriction budgétaire, cela aurait enfin un intérêt économique. Et, cerise sur le gateau, cela permettrait certainement d'atteindre cette visibilité que d'aucuns déplorent régulièrement.

Ce centre de crises aurait l'avantage de pouvoir sans grande complication institutionnelle (il suffit d'une décision de 2 commissaires : Catherine Ashton et Kristalina Georgieva) de disposer déjà d'un centre de planification et de conduite civilo-militaire (il ne resterait alors que la conduite militaire à agréer).

(crédit photo : Le Carlkrona, navire amiral suédois d'Atalanta, en train de ravitailler des bateaux migrants dans le Golfe d'Aden)

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 06:05

GenLeakeyHandover-UE100528.jpgC'est par une plaisanterie d'auto-dérision que le général Leakey, chef d'Etat-Major de l'Union européenne a entamé sa dernière conférence de presse, avant son départ vers d'autres horizons « Vous savez, tous les Britanniques ont un gène eurosceptique. (...) Mais aujourd'hui je suis soigné ». Et effectivement, c'est par une vibrante profession de foi dans l'Europe de la Défense que le Britannique a tenu à clore son chapitre bruxellois. « Je suis absolument certain que l'Union européenne a un rôle important à jouer, dans un monde pas sûr, multicomplexe, multidimensionnel. Le général Perruche m'avait dit quand j'ai pris mes fonctions : vous savez les budgets diminuents, il n'y a pas d'opération, même dans les cartons. (...) Effectiment le budget a diminué. Mais de façon intéressante, le tempo des opérations a augmenté. »

"Le tempo des opérations a augmenté"

« Nous avons continué l'opération en Bosnie ; certes, l'effectif a diminué, mais Eufor Althea a joué un rôle effectif, contribuant à la stabilisation de l'environnement, en dépit des turbulences politiques du pays. En Afrique, nous avons déployé l'opération EUFOR Tchad RCA avec nombre de difficultés logistiques dans cette partie du monde très inhospitalière pour une opération militaire et avec plusieurs Etats participants qui n'avaient pas l'habitude du terrain africain. Et cela a été un succès. Demandez aux ONG, elles vous diront qu'Eufor a un rôle modérateur sur une très difficile situation sécuritaire. Enfin, l'opération Atalanta, première opération maritime de l'UE nous a beaucoup appris, sur la manière de commander une opération maritime, d'associer également les civils et les militaires. »

 

De l'intérêt des OHQ tournants

Cependant, le Général Leakey s'est bien gardé d'aller au-delà de cette démonstration. Répondant à la question d'un confrère de l'AFP, il s'est ainsi montré plutôt peu enthousiaste sur la création d'un QG de conduite des opérations à Bruxelles, y voyant plus d'inconvénients que d'avantages. « Aucune opération n'est la même. (...) Et le choix d'un quartier général se fait en relation avec l'opération. Il était logique d'avoir ainsi Berlin+ pour la Bosnie, d'avoir Potsdam, le Mont-Valérien et Northwood pour une opération en Afrique...»

Mieux, le général voit, de façon pragmatique, un grand intérêt aux QG tournants. « Si un Etat prend le OpCommander et la responsabilité de l'OHQ, c'est la garantie d'un succès. Car cet Etat saura prendre la responsabilité de soutenir le HQ, et surtout exercera sa volonté politique auprès de ses autres collègues Etats membres pour être sûr qu'ils y contribuent. Avec un QG permanent sur une base multinationale, on perdrait cette appropriation de l'opération par un Etat. » « Au moment où les jours sont difficiles pour les budgets, cette pression sur les Etats pour trouver les ressources et équipements à une opération est nécessaire », conclut-il...

 

NB : le général Leakey est désormais remplacé par le général néerlandais Ton Van Osch (ancien représentant militaire néerlandais à l'UE), la cérémonie de passation des pouvoirs a eu lieu jeudi dernier. Voir la cérémonie de passation des pouvoirs.

(Crédit photo : Conseil de l'Union européenne)

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 01:12

Vous n'avez pu assister à la cérémonie de passation des pouvoirs entre le Général David Leakey et son successeur le général Ton Van Osch à la tête de l'Etat-Major de l'Union européenne, jeudi dernier. Vous ne saviez pas que pouvaient résonner dans l'Atrium du Conseil de l'Union européenne d'ordinaire réservé aux pas feutrés des diplomates ou aux joyeux conciliabules des journalistes les cuivres et tambours de la fanfare militaire belge entonner une martiale 9e symphonie. Lady Ashton vous manque... Et vous n'avez jamais vu les militaires lui rendre le salut. Alors voici ...

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 11:40

ChateauGenshagen-copie-2.jpgLa Fondation Genshagen - qui a son siège dans ce superbe chateau, à quelques kilomètres de Berlin - a eu la bonne idée de réunir, ces jeudi et vendredi, de manière très informelle, une quarantaine de spécialistes français, allemands, polonais (le triangle de Weimar) autour d'une idée : et si le Triangle de Weimar pouvait avoir une traduction plus concrète en matière de coopération civilo-militaire et de missions de défense européenne et impulser de nouveaux développements pour la PSDC ? 

Durant deux jours, ont ainsi planché des ministres en poste ou "vétérans", des militaires qui ont souvent exercé des responsabilités de premier plan sur les terrains d'opérations européennes (1), des responsables minisériels, des chercheurs de diverses institutions et quelques journalistes, etc. 

Ces échanges sont couverts (normalement) par la règle de Chatham House (non citable, non attribuable), ce qui permet des échanges à bâtons rompus. J'y reviendrai dans de prochains posts... Car comme l'a affirmé un des participants, c'st « L'occasion de sortir de ronronnements un peu soporifiques qui ont trop longtemps rythmé les échanges du Triangle de Weimar ». 

Un triangle qui doit s'élargir au Royaume-Uni

Premier constat apparemment partagé par nombre de participants, si le triangle de Weimar trouve toute sa pertinence en matière de défense car il rassemble trois pays majeurs dans le domaine, il ne pourra pas trouver toute sa pertinence et son efficacité sans associer le Royaume-Uni. Une proposition soutenue par l'Allemagne. « A défaut de rectangle, ne pourrait-on pas trouver une autre formule » a estimé un participant. Et pourquoi pas une formule de "triangle plus" ou "3+1" ont précisé d'autres. Ces dernières formules auraient un avantage : permettre aux Britanniques de trouver toute leur place dans les discussions, sans être associés formellement, ni tenus d'y participer systématiquement.

(1) On peut citer : l'Allemand Christian Schmidt, secrétaire d'Etat parlementaire à la Défense, le Français Alain Richard ou le Polonais Janusz Onyskiewicz — ; des militaires  — le général français Ganascia (ancien chef d'Eufor Tchad et aujourd'hui consultant pour les ONGs) et le général Beth (ancien de la Force Licorne et aujourd'hui à directeur de la coopération militaire et de défense) le général Pacek (ancien chef adjoint d'Eufor Tchad et aujourd'hui conseiller du chef d'Etat-Major des armées polonaises), le contre-amiral allemand Krause (chef d'Etat-major interarmées des opérations...), etc.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 22:44

AshtonRasmussenNatoNac-UE100525-copie-1.jpg« Comment améliorer les relations entre l'UE et l'OTAN, c'est très simple » a estimé le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen — lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre entre ambassadeurs des Etats membres des deux organisations (COPS pour l'UE, NAC pour l'OTAN).

« Parlons franchement. L'UE devrait évoluer pour s'adapter aux alliés de l'OTAN qui ne font pas partie de l'UE : 1° l'UE doit associer les contributeurs ne faisant pas partie de l'UE au processus des opérations, comme le fait déjà l'OTAN avec l'ISAF ; 2° l'UE doit conclure un accord de sécurité avec la Turquie ; 3° Elle doit conclure un accord pour associer la Turquie à l'agence de défense des armements » (1). Quant à l'OTAN, a enchaîné le secrétaire général, « elle doit accepter que Chypre soit un pays qui doit être assis à la table ».

Qu'a ajouté la Haute représentante de l'UE ? Ben... rien ! La photo se passe de commentaire. Ce n'est pas la première fois que le secrétaire général de l'OTAN développe cet argumentaire. Et on ne peut pas lui reprocher donc son manque de constance. La dernière fois, c'était à l'informelle de Palma de Majorque (Lire : Rasmussen squatte la réunion de l'UE et règle le problème turco-chypriote). Aujourd'hui c'était simplement plus direct et plus brutal : l'UE doit faire...

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:15

Cela peut paraître plutôt incongru actuellement. Mais l'OTAN le maintient. A contre-courant du vent d'austérité qui souffle sur les budgets publics depuis plus d'un an. Les Etats membres devraient non seulement dépenser mieux mais davantage pour la défense.

Le groupe d'experts qui a planché "pour un nouveau concept stratégique"  et vient de rendre sa copie (1) note ainsi que "Le principal obstacle à la transformation militaire est l’insuffisance des dépenses et des investissements de défense en Europe. Aujourd’hui, il n’y a que six Alliés européens sur 26 qui consacrent 2% ou plus de leur PIB à la défense, et seulement une douzaine qui atteignent les objectifs de déployabilité et de soutenabilité des forces militaires" (2). À cela s’ajoute le fait que, ces vingt dernières années, "les dépenses de fonctionnement et de personnel ont représenté une part disproportionnée des budgets de défense des pays européens".

La cohésion de l'Alliance en danger

Quant au critère de l’Alliance selon lequel 20% des dépenses militaires doivent être consacrées aux investissements, "il est respecté par moins de la moitié des pays de l’OTAN". Ainsi - remarquent les experts - "Un fossé particulièrement large s’est creusé entre les capacités des États-Unis et celles des autres pays de l’OTAN, et ce déséquilibre, s’il n’est pas corrigé, pourrait nuire à la cohésion de l’Alliance" .

Les experts préconisent donc nécessaire pour l'OTAN, entre autres recommandations, de "mettre un coup d'arrêt à la forte baisse des dépenses de défense nationales, engager de nouvelles réformes et mesures d'efficience (efficaité) et fixer des priorités pour les futures capacités"...

Une recommandation peu réaliste

Les ministres des Finances apprécieront à la juste valeur cette recommandation ! Mais pour l'instant, cela semble l'air mal parti. Alors qu'ils viennent de remettre au pot - contraints et forcés pour boucler le budget de l'OTAN en déficit - l'heure est plutôt à la rigueur et à la diminution des effectifs (et des budgets) qu'à leur augmentation. Aucun pays européen n'est épargné.  

Ceux qui respectent le critère (Grèce, Royaume-Uni, France) ne pensent qu'à dépenser moins. En premier lieu, la Grèce se doit de descendre au-dessous du seuil, de façon urgente, sous pressions des marchés, des organisations internationales et européennes (3). Le Royaume-Uni doit également tailler dans son budget ministériel, la barre a été fixée à 25% (4). Et la France est engagée dans une restructuration qui verra les effectifs fondre de près de 50.000 personnes.

Les pays qui étaient déjà au-dessous du seuil de 2% ont entamé un "dégraissage", plus ou moins, drastique du nombre de leurs militaires: Belgique, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie,... peuvent être cités mais la plupart des pays mériteraient d'y figurer. En Allemagne, le ministre des Finances, Wolfgang Schaüble,  a demandé à tous les ministères de faire des économies sur leur budget ; le ministère de la Défense est le premier sur la liste, avec 1,3 milliards d'euros d'économie !

Un critère à jeter aux oubliettes ?

Certes ces mesures peuvent paraître conjoncturelles (deux à cinq années). Mais sauf changement drastique de la donne internationale, et menace directe, on voit mal la tendance s'inverser et les budgets de défense retrouver des ressources nouvelles dans les années suivantes (à moins de recourir de façon plus importante au secteur privé).

Dans les faits, cet objectif de 2% semble donc condamné. Et il aurait peut-être été plus réaliste dans un rapport révisant le concept stratégique d'oser entamer... cette révision. Seul le critère de l'efficacité devrait donc être mis en lumière.

Efficacité pour lequelle l'organisation Atlantique, elle-même, a encore des preuves à fournir si on en juge le dernier courrier, révélé par l'AFP, qu'a adressé Hervé Morin, le ministre français de la Défense, à son homologue américain, Robert Gates.Une véritable charge au "bazooka" : les structures alliées sont "trop marquées par le passé" - souligne le ministre. Le fonctionnement du secrétariat international de l'Otan n'est "pas optimal", sa structure de commandement "trop territoriale et trop statique", les "redondances" entre ses états-majors nombreuses et "l'activité des multiples agences de l'Otan mal évaluée". Conclusion, pour Hervé Morin : dégraisser le mammouth et supprimer "un tiers" des 12.500 militaires alliés !

Un objectif et une évaluation qu'on ne retrouvent mystérieusement pas, d'une manière ou d'une autre, dans les 50 pages du rapport de Madeleine Albright. Bizarre... 


(1) Télécharger (p. 40 pour les "fainéants" qui ne veulent pas lire tout le rapport)

(2) Objectif rehaussé au sommet de Riga en 2006 avec 50% de forces projetables (crtièrede déployabilité) dont 10% en opérations prolongées (critère de soutenabilité)

(3) Lire : La crise a du bon : est-ce la fin de la guerre froide Grèce ...

(4) Lire : Avec les Brit' ca va déménager

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Published by Nicolas Gros-Verheyde - dans Défense UE (droit doctrine politique)
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Derrière les murs, la politique (européenne) des affaires étrangères (PESC), de sécurité et de défense commune (PeSDC) est décryptée. Stratégie, politique, gestion de crises, industrie ou transport aérien militaire, surveillance maritime et protection civile...Missions militaires et civiles de l'UE (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Géorgie, Moldavie / Ukraine, Afghanistan, Irak, Palestine, Congo RDC, Guinée-Bissau, Haïti, Océan indien, Somalie, Tchad).

logo_ouestfrancefr.pngL'éditeur : Nicolas Gros-Verheyde. Journaliste, correspondant "Affaires européennes" du premier quotidien régional français Ouest-France après avoir été celui de France-Soir. Spécialiste "défense-sécurité". Quelques détails bios et sources.